Affichage des articles dont le libellé est 2010. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 2010. Afficher tous les articles

1/08/2011

Beats In Space

Beats in Space publishes its 2010 best-of in the form of two radio shows here.





5/25/2010

L'entrée des fantômes (2)

"De l'autre côté de la nuit se devine le bleu du ciel, un bleu comme noir. Les fantômes sont évaporés. Cela fait un moment que la voiture roule dans le bruit étale doux lointain d'une machine de velours, il semble le bruit même de l'ombre. Renversé sur la banquette, à travers la vitre ornée de fleurs de givre je contemple au dessus de moi le point lumineux qui poursuit sa ronde perpétuelle dans la voute étoilée, je m'aperçois que je tiens le stylo près de mon visage, distraitement dans un souffle que j'expire Ahhh ... un fragment de laque se déboîte vers l'intérieur, glisse sur le côté, dévoile une membrane transparente Ahhh"

Jean-Jacques Schuhl - Entrée des fantômes (Gallimard)

5/01/2010

Beautiful People

"Depuis toujours, Corey est dans la fascination de l'image, point de départ de son attirance pour la notion de mode, les mannequins et Andy Warhol, lequel est non seulement un grand manipulateur de l'image dont la démarche proprement dite consiste à décrire la surface des choses, qu'il s'agisse du président Mao ou d'une chaise électrique. La relation sentimentale malheureuse qu'il vit alors n'est que la continuation de cette problématique, puisque l'homme qu'il poursuit est amoureux non pas de lui mais de son reflet. "Je n'avais pas un vrai travail, je n'étais pas un vrai mannequin, en fait je n'étais rien, explique-t-il. Tout ce que j'avais, c'était moi. La jeunesse et l'énorme pouvoir de séduction que l'on peut avoir à cet âge : voilà sur quoi je pouvais compter." Description qui s'applique à nombre de garçons et de filles qui à cette époque de triomphe de l'apparence vivaient de leur image"

Beautiful People - Saint Laurent, Lagarfeld : splendeurs et misères de la mode - Alicia Drake (Gallimard - 2008)



4/18/2010

Entrée des fantômes (1)

"Ma vie alors, je me dis des fois, aurait pu basculer : argent facile, limousines, vedettes, villas, piscines, vedettes, villas, piscines, Roederer Crystal, soirées genre ostéopathe mondain de Londres, Christine Keeler ... Mais non ! No regrets ! ça commençait à finir, tout çà : les producteurs flambeurs, les actrice flambées, le cinéma passait entre les mains des banquiers, exécutifs, exécuteurs, les filles menaient un combat pour devenir actrice d'un jour, jetables, elles n'avaient plus la tête à rigoler et l'argent servait à acquérir l'argent [...] Enfin, non, là en 72-73, l'année de La Maman et la Putain à Cannes, ça allait de justesse, pour encore deux, trois ans; après, ce serait la nouvelle aire glaciaire, le temps de boucler le scénar, tourner le film, ç'aurait été pour rien ... comme pour le tango ! J'avais bien fait de ne rien faire.
78-79, on allait solder les comptes... inventaires avant de démarrer l'ère technologique barbare sans mémoire, oeuvres complètes en DVD ... Frigo ! Congélateur ! Greffiers!... Repli général!!... Restauration!!!... Et ce qu'on voulait à la rigueur voir sur l'écran c'était des plus moches et malheureux que soi... ! Et des histoires plus tristes que la sienne pour ne pas désespérer. Alors pourquoi je l'aurais fait, le scénar ? puisque pauvre de moi, j'en étais resté au piscines de Gatsby et de l'ostéopathe mondain de Londres ! Toujours aussi romanesque ! Un rêveur forever !"

Jean-Jacques Schuhl - Entrée des fantômes (Gallimard)

3/07/2010

L'Horizon

"Ces fragments de souvenirs correspondaient aux années où votre vie est semée de carrefours, et tant d'allées s'ouvrent devant vous que vous n'avez que l'embarras du choix. Les mots dont il remplissait son carnet évoquaient pour lui l'article qu'il avait envoyé à une revue d'astronomie. Derrière les événements précis ou familiers, il sentait bien tout ce qui était devenu une matière sombre : brèves rencontres, rendez-vous manqués, lettre perdues, prénoms et numéros de téléphone figurant dans un ancien agenda et que vous avez oubliés et celle et ceux que vous avez croisé sans même le savoir. Comme en astronomie cette matière sombre était plus vaste que la partie visible de la vie. Elle était infinie. Et lui, il répertoriait dans son carnet quelques faibles scintillements au fond de cette obscurité. Si faibles, ces scintillements, qu'il fermait les yeux et se concentrait, à la recherche d'un détail évocateur lui permettant de reconstituer l'ensemble, mais il n'y avait pas d'ensemble, rien que des fragments, des poussières d'étoiles."

Patrick Modiano - L'Horizon (Gallimard)

2/20/2010

L'Amérique (1)

"Je me souviens, un soir de décembre froid et lumineux à New York, d'avoir suggéré à un ami qui se plaignait d'être là depuis trop longtemps de venir avec moi à une fête où il y aurait, lui promis-je avec l'ingéniosité triomphante de mes vingt-trois ans, "de nouveaux visages". Il rit à s'en étouffer, littéralement, au point que je dus baisser la vitre du taxi et lui taper dans le dos. "De nouveaux visages, finit-il par dire, ne me parle pas de nouveaux visages". Apparemment la dernière fois qu'il était allé à une fête où on lui avait promis des "nouveaux visages", ça s'était résumé à quinze personnes dans une pièce, et il avait déjà couché avec cinq des femmes et devait de l'argent à tous les hommes sauf deux. Je ris avec lui, mais les premières neiges venaient de commencer à tomber et les immenses sapins de Noël scintillaient de jaune et blanc à perte de vue le long de Park Avenue et j'avais une robe neuve et il ne se passerait pas très longtemps avec que je ne comprenne la morale particulière de cette histoire."

Joan Didion - L'Amérique (Grasset)